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EDDIE MULLER de la Grande Loge Mixte Universelle :
« Jamais les Francs-maçons ne seront assez nombreux pour relever les nouveaux défis de la société »

23 mai 2009 – Basse –Terre (Guadeloupe)
Interview réalisée par Jocelyn DURIZOT pour LE PROGRES SOCIAL

La Franc - Maçonnerie fait régulièrement la une des journaux ou des conversations, pour révéler « des affaires » ou dénoncer des pratiques « occultes » inquiétantes. Le Progrès Social n’a pas l’habitude de s’arrêter aux préjugés et aux ragots superficiels. Nous avons donc profité du séjour en Guadeloupe du Grand Maître de la Grande Loge Mixte Universelle (GLMU) pour essayer d’en savoir plus. Nous avons découvert une institution humaniste, très attachée à l’idéal laïque, et fortement mobilisée pour contribuer à l’amélioration de la société. Nous vous livrons l’interview exclusive que nous avons réalisée auprès de Monsieur Eddie Muller. Il était à Basse-Terre pour créer une nouvelle loge dont le nom, « La Parfaite Egalité », évoque la mémoire de la première loge ayant initié en Guadeloupe un membre de couleur en 1785, contre les codes et les préjugés coloniaux de l’époque.


LPS : Entre affairisme et sorcellerie, la réputation de la Franc-maçonnerie est souvent sulfureuse. Pouvez-vous nous définir ce qu’est la Franc-Maçonnerie ? Quels en sont réellement ses principes et ses objectifs ?

Eddie MULLER : Il subsiste peu d’endroits dans le monde où la Franc-Maçonnerie pourrait être assimilée à un acte mystique ou occultiste. La Franc-Maçonnerie est devenue très transparente quant à ses travaux et à ses actions, chaque fois que l’occasion de s’exprimer lui a été donnée.
Concernant l’affairisme, je me permets de faire un parallèle avec d’autres institutions. Diverses associations comme le ROTARY, le LION’S, ou les médias et le show business, regroupent des membres qui partagent des visions identiques, ou encore religieuses comme les catholiques, ou humanitaires etc… On s’y retrouve entre amis, en famille pour des actions communes. Pourquoi juste entre eux ? Simplement parce que les uns et les autres évoluent dans un environnement de confiance par rapport à leur engagement sur des principes et des valeurs communes et donc avec moins de chances d’erreurs sur leur choix.
Quant aux affairistes, on les retrouve dans tous les milieux de notre société. Par essence c’est leur « fond de commerce ». Ils ne sont pas toujours repérables au début, quelque soit l’association qu’ils ont investie. Ceci étant en Franc-Maçonnerie, ils sont minoritaires et s’en vont rapidement s’ils ne sont pas exclus avant. Ce n’est pas parce que dans un groupe une personne est mauvaise que tout le groupe l’est.
Mais bien au-delà d’une presse à sensation qui se saisit de temps à autre d’un sujet maçonnique, pour augmenter la vente, il y a la Franc-Maçonnerie avec pour but de réunir des hommes et des femmes de milieux et d’origine diverses qui ne se seraient jamais rencontrés autrement et qui grâce à leurs différences s’enrichissent mutuellement, comme le disait Antoine de Saint-Exupéry « si tu diffères de moi, loin de me léser, tu m’enrichis ».
La Franc-Maçonnerie républicaine et adogmatique a toujours eu pour but l’amélioration de l’Etre Humain et de la société. Elle se réclame d’une liberté absolue de conscience, de la tolérance mutuelle, du respect des autres et de soi-même. Elle se veut surtout laïque à la Grande Loge Mixte Universelles (G.L.M.U.) en ce qu’elle respecte les croyances de chacun. Par contre elle n’admet pas les extrémismes fussent-ils religieux ou politiques. A la G.L.M.U. nous expliquons, défendons et promouvons la laïcité car nous pensons qu’elle est l’élément clef garantissant une paix sociale mondiale. Les principes de la Franc-Maçonnerie dont la G.L.M.U. est porteuse contribuent à l’application de valeurs fondamentales dans notre société et dont le système républicain constitue le modèle par excellence en opposition au retour à l’ordre moral et à l’obscurantisme.
Le travail des femmes et des hommes en Franc-Maçonnerie (à la G.L.M.U.) est fondé sur une réflexion dégagée de tout préjugé, sans entrave ni tabou, permettant d’acquérir une vision collective la plus proche possible de la réalité et d’essayer de la mettre en application dans la cité au service de tous les Humains.
C’est sur ces bases là que la G.L.M.U. souhaite contribuer à la formation des femmes et des hommes libres et égaux, de citoyennes et de citoyens laïques. Evidemment la vie maçonnique n’est pas une fin en soi. Au sein de ses loges, les membres dialoguent, échangent, critiquent, proposent car l’engagement maçonnique implique la nécessité de ne se couper ni du développement des connaissances ni des questions qui se posent au monde d’aujourd’hui.
Ce n’est qu’à ces conditions que notre parole sera intelligible et écoutée.

 

LPS : Parmi les nombreuses obédiences qui rassemblent des Francs - Maçons, en quoi la vôtre, la GLMU, se singularise-t-elle ? Qu’à-t-elle de commun avec les autres, quelles sont ses spécificités ?

E. Muller : La G.L.M.U. est mixte, exclusivement mixte. Le principe de laïcité est inscrit dans l’article 1 de sa constitution. Tous ses membres sont égaux. Ses loges sont souveraines et indépendantes à l’égard des ateliers de perfectionnement dits de « hauts grades » (au-delà du grade de maître).
Comme je le dis souvent, lors de présentations à la GLMU, nous nous appuyons sur 3 piliers fondateurs de la République.
En effet, la G.L.M.U. à sa création, ayant choisi de s’affranchir d’une certaine hiérarchie et de demeurer une Franc-Maçonnerie fondamentale de loges « bleues » (fonctionnant exclusivement aux trois premiers grades traditionnels : Apprenti, Compagnon Maître), elle peut légitimement parler de LIBERTÉ.
La G.L.M.U. a fait le choix exclusivement de la mixité, elle est donc légitime dans sa revendication d’ÉGALITÉ.
La G.L.M.U. comme d’autres obédiences, d’ailleurs peut-être un peu plus, a choisi de placer l’être humain au cœur de ses préoccupations et donc d’être proche de lui dans la cité et c’est cette Franc-Maçonnerie de proximité qui nous autorise à parler de FRATERNITÉ.

 

LPS : La Franc-Maçonnerie a-t-elle un réel impact sur la société par quel moyen ?

E. Muller : C’est une question qui revient souvent : elle a pour inspiration de savoir si oui ou non les Francs - Maçons sont en contact avec les instances dirigeantes à un moment ou un autre. L’histoire récente de bien des avancées me fait dire que cela a dû ou doit encore se produire. Mais plus humblement, je crois que chaque franc-maçon peut à son niveau de responsabilité avoir la possibilité de décider de certaines orientations pour un bien commun dans la société et la Cité.

 

LPS : Aujourd’hui on parle de plus en plus de la Franc-Maçonnerie, qui semble s’ouvrir alors qu’elle cultive toujours le secret. N’y a-t-il pas là une contradiction ?

E. Muller : Non bien au contraire c’est une vision réductrice. Les conseils d’administration de grandes sociétés, les comités de rédaction des médias, les diverses réunions des instances politiques ou religieuses sont-ils ouverts au public ? Non ! Mais eux ne sont pas soupçonnés de débats secrets ! et pourquoi ? Pourtant je vous assure que les contenus de réunion de maçons sont moins secrets que ceux des instituions citées avant. Mais là encore la croyance populaire est dure à modifier. Peut-être y a-t-il un déficit de communication de notre part?

 

LPS : On attribue à la Maçonnerie des Hommes célèbres, dont certains, comme Schoelcher, ont eu une grande importance pour la Guadeloupe. Quel bilan peut-on faire de la Franc-Maçonnerie aux Antilles dans le passé comme de nos jours ?

E. Muller : Certes la liste des Francs-Maçons célèbres est très longue depuis 3 siècles : Mozart, Voltaire, Luis Amstrong, Bartholdi (la statue de la Liberté) Lafayette ont œuvré à leur niveau pour la défense des valeurs et principes auxquels ils étaient attachés. Pour parler de la Franc-Maçonnerie aux Antilles, je ne crois pas être le mieux placé. Vous avez cité Schoelcher, qui est très connu, mais il faut savoir que neuf des douze signataires du décret d’abolition de l’esclavage de 1848 étaient francs-maçons. Il faut mentionner aussi la figure du Chevalier de Saint-George, célèbre guadeloupéen originaire de Baillif, et initié à la Loge des Neuf Sœurs à Paris, qui recevra aussi Voltaire.
Certes les Franc-Maçons ayant œuvré pour la liberté sont nombreux dans le passé et aussi de nos jours. Mais pour construire l’avenir, il ne faut ni occulter ni oublier le passé. Il ne faut pas non plus que le passé devienne de nouvelles chaînes pour avancer. Il faut cultiver la mémoire et être vigilant afin que l’histoire ne se répète pas.
Le poids du passé ne doit pas peser sur l’avenir au point d’anéantir les chances de progrès. Les Antilles possèdent tous les ingrédients de la réussite. Sachons les utiliser pour la paix et le progrès de tous.

 

LPS : Que peut-on de nos jours attendre de la création d’une nouvelle loge en Guadeloupe ? Pourquoi l’avoir appelée « La Parfaite Egalité » ?

E. Muller : Jamais les Francs-Maçons ne seront assez nombreux pour relever les nouveaux défis de la société, répondre à ses angoisses, apporter des solutions aux attentes des citoyens. Chaque nouvelle loge qui se crée est un espoir de plus pour faire avancer les problèmes en leur apportant des solutions rapides et efficaces. La G.L.M.U. s’est toujours voulue une Franc-Maçonnerie proche des citoyens et de ses attentes. Elle a toujours travaillé à l’amélioration des conditions de vie dans la cité. Alors pourquoi pas en Guadeloupe ? Où à son humble niveau elle pourra s’impliquer dans la vie de la cité.
Les membres de cette nouvelle loge sont laïques, originaires de tous les milieux socio-professionnels et n’ont d’autres soucis que le bien commun des humains. Je suis persuadé qu’ils s’efforceront d’être les initiateurs de progrès, de paix, comme d’autres francs-maçons en Guadeloupe et dans le monde. Les acteurs de la construction d’une humanité meilleure, de quelque institution soient-ils ne seront jamais trop nombreux sur ce vaste chantier de la vie.
Quant à leur histoire aujourd’hui, elle va puiser tant par sa création que par le nom dans des racines lointaines de militantisme et de combat pour la liberté, la fraternité et l’égalité. Mais ceci peut faire l’objet d’un autre chapitre qu’ils vous conteront avec plaisir.

J’ai eu beaucoup de plaisir à échanger quelque propos avec vous et je vous remercie d e m’avoir offert la possibilité de m’exprimer pour la Franc-Maçonnerie de la G.L.M.U.. J’espère avoir contribué aux travers de cette interview à rendre plus transparent cette Franc-Maçonnerie, objet de toutes les interrogations depuis toujours.